Encrier de la duchesse de Berry

Encrier en porcelaine offert à la duchesse de Berry lors de sa venue à Limoges.
Collection : musée Adrien-Dubouché.

Manufacture Tharaud, Encrier de la duchesse de Berry
Photo
© RMN-Grand Palais (Limoges, Cité de la céramique) / Tony Querrec

L’œuvre et le territoire

Si les œuvres de la manufacture Tharaud ne portent pas de signe distinctif, elles sont pourtant bien reconnaissables par leur blancheur.
Dès 1819, il envoie à Paris des pièces exécutées en partie par ses élèves. En 1828, lors du passage de la duchesse de Berry à Limoges, Alluaud et Tharaud eurent le privilège de fabriquer les cadeaux destinés à la famille princière. Parmi ceux-ci, un encrier placé dans une châtaigne recouverte de sa bogue légèrement entrouverte. La châtaigne se trouve dans un vase oblong aux deux extrémités duquel sont deux petits bustes de Henri IV et Charles X.

Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, fille du roi des Deux-Siciles, épouse en 1816 Charles-Ferdinand d’Artois, duc du Berry et fils de Charles X. Son mari est assassiné le 13 février 1820 ; leur union donne tout de même naissance au prétendant légitimiste Henri V quelques mois plus tard. Autour de 1828, elle entreprend des visites de propagande politique en province afin de rallier les fidèles à la couronne. En juillet, elle se rend à Bordeaux et, le 27 septembre, arrive à Limoges où elle est reçue — comme le veut la tradition — par la corporation des bouchers qui se substituait alors au préfet pour accueillir les personnalités et leur donner les clés de la ville. Selon la tradition, ce privilège remonte à Henri IV — il serait le premier à s’être laissé recevoir par les bouchers — et se perpétua ensuite avec le duc et la duchesse d’Angoulême en 1814, la duchesse de Nemours en 1845, ou encore le prince Jérôme en 1858.

Le motif de la châtaigne est l’un des plus récurrents attributs du Limousin. Elle y est abondante et en nourrit les habitants depuis des siècles. Le début du XXe siècle a même vu s’y tenir des congrès et des expositions intégralement consacrés à la culture de la châtaigne. Le Limousin comme pays de la châtaigne commence à apparaître dès 1792 avec les Voyages en France d’Arthur Young. Ainsi, venant d’Argenton, il note la présence, après Celon, de châtaigniers, marquant la frontière entre Berry et Limousin : Traversé une rivière qui sépare le Berry de la Marche ; des châtaigniers apparaissent à ce moment même ; ils poussent épars sur tous les champs et servent à la nourriture des pauvres. ; et, quittant le Limousin pour le Quercy, Arthur Young en note la disparition : Entré dans un pays calcaire ; les châtaigniers disparaissent en même temps.

La châtaigne ne contribue pas à la bonne réputation du Limousin : On sait combien la châtaigne a été décriée, fruit inconnu des parisiens, et fruit considéré comme trop facile à récolter par les paysans, donc générateur d’immobilisme et de paresse (Le Limousin pays et identités, Pulim, Limoges, 2006).

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