Souvenirs de Brive En vingt ans...

Robert Margerit, « Souvenirs de Brive », La Vie limousine, n°145, 25 avril 1937.

© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

En vingt ans, l’aspect de Brive s’est profondément modifié, si profondément qu’on a peine, aujourd’hui, à retrouver sous son nouveau visage ce que cette ville fut à nos yeux d’enfants, au temps que la digue n’était pas culbutante, le Pont Cardinal pas encore élargi, les devantures de la rue de l’Hôtel-de-ville pas encore en marbre…
Un des lieux élus de notre enfance qui en garde une image embellie encore par le recul du temps, fut la Butte. Aux étrangers, ce nom ne dit rien : la Butte, aujourd’hui qu’elle a été entaillée, civilisée, il est difficile d’y retrouver l’Alpe et l’Himalaya, la montagne des mystères et des trésors.
Elle dominait la gare et la passerelle de ses roides pentes herbues coupées par trois corniches étroites entaillées dans la terre argileuse. On accédait au sommet de cette croupe, soit par des marches consolidées de rondins, soit, dans la direction d’Estavelle, par une pente douce.
(…)
La Butte était devenue un observatoire. Nous nous asseyions le long des sentiers en corniche, jambes pendantes, pour regarder inlassablement arriver et partir les trains. Une petite machine au corps de laiton — pièce de musée maintenant — jaune et trépidante, faisait la manœuvre. Elle allait chercher des wagons, montait se faire aiguiller au poste du petit chemin de Chèvrecujol, ramenait des rames sur les voies de la gare aux marchandises où la grue les déchargeait. Or, bien, c’était la manœuvre des plaques tournantes qui suscitait nos admirations. Le trafic des express nous touchait peu. Plus tard seulement, nous découvrîmes l’oppressante poésie de ces flèches lancées d’une frontière à l’autre avec leurs charges de rêves et de souffrances, plus tard, beaucoup plus tard…

Robert Margerit, Souvenirs de Brive (En vingt ans...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

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