En Limousin

Gaston Vuillier, « En Limousin (paysages et récits) », Le Tour du monde, n° 5-6, février 1893 (disponible sur la Bibliothèque numérique du Limousin).

6 œuvres

L’œuvre et le territoire

En 1893, Gaston Vuillier publie dans la revue Le Tour du monde le reportage « En Limousin », qui se présente comme un carnet de route présentant les sites les plus spectaculaires de la Corrèze, son séjour l’ayant amené d’Argentat à Naves, en passant notamment par Tulle, Uzerches et Gimel.

À la riche description de paysages chaotiques, Gaston Vuillier ajoute la présence humaine à travers d’originales rencontres qui viennent conter et illustrer l’histoire de cette contrée. La Corrèze et ses vestiges façonnés par le temps, répondent à l’esthétique du Sublime et à la poétique des ruines. Cette vision, exaltée par les textes de Burke et de Kant est sensible aux déchaînements de la nature. Le paysage doit susciter l’enthousiasme, la passion et la peur. Le Sublime est ce qui nous menace dans notre intégrité physique. Plus le danger est présent, plus le paysage est sublime. Alors qu’Edmund Burke voit la terreur comme un élément nécessaire au Sublime, Emmanuel Kant parle de « choses terribles contemplées en sécurité » avant d’avancer que « le Sublime n’est pas dans la nature mais dans notre esprit ».
En Limousin, cette vision est illustrée par Gaston Vuillier. L’artiste aime à décrire la violence des cascades de Gimel, qui précipitent en leur fond les animaux imprudents. Ces chutes évoquent l’infiniment petit devant l’infiniment grand. Face à ces 42 mètres, c’est la perte de repères que fait ressentir le Sublime. C’est une contemplation des forces de la nature face à la fragilité humaine. Et, devant l’Inferno de Gimel, on ne peut que penser à l’enfer de Gustave Doré illustrant la Divine Comédie. Puis vient la puissante forteresse de Merle, ses tours et ses salles écroulées. Du haut de son promontoire, la citadelle se fait montagne, à l’image de Cavaillon et de son château des Évêques.

L’œuvre de Gaston Vuillier contribue à donner un nouveau visage au Limousin. À la douce Creuse s’ajoute désormais la dramatique Corrèze, présentant des paysages empreints de Sublime, et préparant la voie à un nouveau maître, Fritz Thaulow.