Paysages insoumis Émeute

3 février 2009

28 décembre 1667
La Petite Creuse au pont du puy Rageau, Fresselines, Creuse.

© Thierry Girard
Thierry Girard, Paysages insoumis (Émeute)
© Thierry Girard

L’œuvre et le territoire

Les habitants de la Haute-Marche, province rédimée, jouissaient d’un faible impôt sur le sel, alors que le Berry, au nord, était un pays de grande gabelle. Cette situation profitait aux contrebandiers, nombreux, qui réussirent à soulever une grande partie de la population lorsqu’il fut décidé d’instaurer une zone intermédiaire entre la Haute-Marche et le Berry où le sel restait à bas prix, mais la vente entre particuliers était réglementée. Le 27 décembre 1667, près de 8 000 personnes se regroupent à Lourdoueix-Saint-Michel. Le lendemain, 800 hommes et quelques femmes se dirigent vers Fresselines où se trouve le bureau des gabelles. À l’entrée de la ville, ils rencontrent par hasard la garde de La Celle-Dunoise. Le capitaine est rossé et les gardes jetés dans les eaux glacées de la Creuse. Reprenant leur chemin, les émeutiers investissent le bureau des gabelles et le mettent à sac. L’un des gabelous, Jean Ridel, particulièrement détesté, est mis à mort dans une parodie de cannibalisme. Le ventre ouvert et rempli de sel, son corps est traîné à travers le village.

(Thierry Girard)

À propos de Paysages insoumis

En 2002-2003, alors qu’il travaille à un projet autour de Vassivière, Les Cinq Voies de Vassivière, Thierry Girard est frappé par le caractère rebelle et réfractaire de l’histoire et de la culture du Limousin.

Ainsi, entre 2007 et 2009, il va arpenter cette région et ses départements limitrophes pour photographier ces « lieux et paysages liés à l’esprit de rébellion : révoltes paysannes, émeutes ouvrières, résistance etc. ».

Évoquer la terre de la Résistance mais aussi toutes les résistances qui au cours des siècles ont nourri l’histoire de ces régions : les révoltes collectives ou individuelles, les jacqueries et conflits sociaux, mais aussi les chemins d’exil ou de migration de populations chassées par la nécessité.

Son travail s’est constitué autour de lieux (villes, villages, campagnes, forêts) où un événement remarquable ou plus modeste a laissé une empreinte. Le paysage semble le plus souvent indifférent, souvent silencieux par rapport à son histoire mais tout le talent était de faire sourdre à la surface de l’image cette charge du passé. Se documentant, recueillant quelquefois des témoignages des habitants, il présente en regard de chaque photographie, un court texte où est relaté l’événement historique qui s’y ait déroulé.

(éditions Loco)

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