Élégies de Saint-Junien

© Didier Ayres

Comme épervier de pierre
dans l’angoisse qui tombe sur le porche de l’abbaye
fleur inconnue qui parle l’idiolecte du sang.

La vitre où s’endort le siècle
stupeur morbide de la grande chapelle inintelligible de la rivière
comme des ballons de métal
brutalité des fougères au milieu de la ruine
des bouts d’étoffe dans le sein de l’élégie.

Pierres rouges et jaunes qui dispersent les eaux
le tumulus de granit du ruisseau
fatalité de midi
immortelle comme la rue
une guitare noire à la fête de la nuit.

La venaison des rues et leurs cervidés jaunes
comme pris dans le tube de l’écume des lumières
fougères encore qui grandissent comme l’absinthe.

Fleurs orange de l’éclairage publique
herbes sylvestres sur les tombes
nous étions chiens de feu
manteau de pierre
torrent en ces eaux glaciales de nos deux âmes.

La mort et son cheval de plomb
ruelles flammes d’éther
ces drogues de notre nudité
floraisons de camélias et de sureau.

Un manège de cristal et les ruelles
qui frappent l’éternité du village comme la lune
mille fois la mélancolie
poussières hybrides qui se condensent et dorment.

Didier Ayres, Élégies de Saint-Junien
© Didier Ayres

L’œuvre et le territoire

Installé depuis plusieurs années à Saint-Junien, Didier Ayres a écrit ce poème spécialement pour GéoCulture — Le Limousin vu par les artistes.

Localisation