Le Ranch of Léon Dompierre...

Serge Vacher, Le Ranch of Léon, Après la Lune, 2011, p. 13-15.

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Dompierre était un village du Limousin profond.
La région, classée zone de montagne par les services d’aménagement du territoire, s’étendait à cheval entre deux « pays », récents découpages territoriaux qu’avaient inventés des technocrates cravatés pleins d’idées assis devant des bureaux ou autour de tables en bois clair : le « pays des Monts-et-Barrages » et le « pays des Monédières ». L’autre découpage territorial inventé par les mêmes était le « Bassin ». C’était d’une complexité telle que même ce bon vieux Napo froncerait le sourcil en se massant nerveusement l’estomac.
Dompierre était donc un village du bassin de Chambret, dans le pays des Monédières, à l’extrême limite de celui-ci, séparé du bassin de Chateauneuf, et donc du pays des Monts-et-Barrages, par la seule Soudaine, petite rivière peuplée de farios nerveuses et farouches.
Le ruisseau était fort connu, apprécié des pêcheurs, et on venait de loin pour tremper sa gaule au milieu des racines, au creux des rochers et sous les profondes souches des chênes centenaires. Il arrivait, certains jours de mai, que les rives de la petite rivière se trouvent plus peuplées que le village qu’elle longeait.
Comme beaucoup de patelins dans les « pays » et « bassins » du Limousin, Dompierre se mourait.
Restaient une vingtaine de maisons de pierres grises, la plupart habitées par de vieux couples aux petites habitudes. Ils consacraient leur temps à un lopin de terre peuplé de poireaux rutilants, de tomates grosses et belles, d’échalotes et d’oignons, persil et fines herbes, pour ce qui est du consommable ; et de massifs de dahlias éclatants, roses délicates et parfumées, pivoines, lupins et lilas, pour le plaisir des yeux et du nez. Un chien les prévenait des visites importunes et deux ou trois chats les protégeaient des rongeurs.
Tous les matins, Pierre ou Jean, ou Jeanne, ou encore Marcelle, ouvraient une porte de bois épaisse comme un pont-levis, se plantaient sur le seuil et écarquillaient les yeux en guettant le ciel, ponctuant d’un sonore : "Y
va faire beau  Ou bien : »Ça va pas continuer longtemps, tu vas voir !" qui s’adressait à l’autre, s’il était encore là. Ou bien au chien, au chat ou au monde, à personne en particulier. Juste pour dire qu’on est encore capable de dire quelque chose. Qu’on n’est pas foutu, comme ce crétin de Charlot qui a trouvé le moyen de passer l’arme à gauche juste avant l’ouverture de la pêche, ce con. De toute façon, il pouvait plus y aller depuis longtemps, à la pêche.
Après avoir jeté un coup d’œil au ciel, on balayait du regard l’horizon, les collines environnantes, puis les quelques toits gris bleu, pour zoomer sur le jardin et ses herbes folles dont il faudrait s’occuper, nom de Dieu ! Puis on rentrait illico presto terminer un bol de soupe, un quignon de pain avec du fromage, ou une tasse de café au lait. On rangeait tout le fourbi, méticuleux en diable, chaque chose à sa place, la vaisselle sale dans l’évier, le pain dans la huche et le couteau dans la poche. La journée pouvait commencer.
Chouette ! On n’est pas mort comme Charlot !

Serge Vacher, Le Ranch of Léon (Dompierre...)
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L’œuvre et le territoire

Dompierre est le nom donné par l’auteur à Domps, petit village haut-viennois de 122 habitants, aux portes de la Corrèze.
Pour la petite anecdote, Domps accueillait le festival « Rock à Domps » dont le seul vestige est le nom d’une rue, baptisée boulevard du Rock et inaugurée en 1988.

À propos de Le Ranch of Léon

Léon Combes mène une vie ennuyante à Limoges mais l’arrivée d’une lettre va bouleverser son train-train quotidien. Son oncle Gabriel lui laisse une petite propriété sur le plateau de Millevaches et une coquette somme d’argent. Sans se retourner, Léon enfourche sa Harley-Davidson, direction Dompierre. Mais une surprise l’attend dans la cave de sa nouvelle demeure. Entre bouteilles de vin et caisses vides en tous genres, un cadavre gît sur le sol.

Ça commençait par des godasses, genre chaussures de chantier en cuir épais, suivies d’un pantalon bleu vraiment bouffé par les mites. Une veste de velours avait tenue le choc, ainsi que le chapeau de toile lourde, genre Barbour.
Tout cela était rangé en bon ordre, et à l’intérieur, le squelette, bien propre, qui allait avec.

Cette découverte fait renaître la polémique autour de la porcherie industrielle voisine qui ne cesse de s’agrandir.

Localisation

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