Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin Dolmen de Clairfage

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin, H. Fournier (Paris), 1838, p. 135-136.

Le dolmen (au hameau de Clairfage) est connu sous le nom de Peyrelevade, c’est le nom générique dans le pays de tous les monuments de cette espèce. Il est fort enterré, n’ayant pas plus de trois pieds au-dessus du sol ; mais on l’a récemment creusé à l’intérieur, sans arriver pourtant à la base des impostes, de manière qu’on peut se tenir facilement debout sous la pierre horizontale. Quatre pierres le composent, trois enfoncées en terre, et fortement inclinées en dedans, assemblées à angle droit et recouvertes par une quatrième un peu inclinée vers l’entrée du dolmen. Cette dernière a sept pieds dans son plus grand diamètre ; mais la forme en est tout à fait irrégulière : son épaisseur varie de deux pieds à dix pouces. Suivant l’usage, le dolmen est fermé à l’Ouest et ouvert à l’Est. Peut-être autrefois était-il plus considérable, car quelques fragments épars à l’entour me donnent lieu de croire que d’autres pierres existaient vers l’entrée. Nulle trace de travail sur les parois ni sur la table. Ce sont de larges blocs de granit a peu près plats, irréguliers et tout à fait bruts.

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin (Dolmen de Clairfage)

L’œuvre et le territoire

Malgré la déception éprouvée aux abords de Mehun, dans le Cher, plus tôt au cours de son voyage, Prosper Mérimée ne désespère pas de découvrir de « véritables » monuments celtiques ; et c’est près de Tulle qu’il va se lancer dans une « excursion dans le même but » et découvrir deux sites dignes d’intérêt : le dolmen de Clairfage et Roc-de-Vic :

On m’annonçait une foule de monuments gigantesques, plusieurs cromlech’s, des rochers taillés de main d’homme, etc. Je vis, en effet, quantité de pierres, quelques-unes fort pittoresquement groupées ou remarquables de loin, par leur forme, mais toutes incontestablement l’œuvre de la nature : non point toutes pourtant, et ma longue promenade ne fut pas aussi infructueuse que celle de Mehun ; car je vis un dolmen bien authentique et assez bien conservé, et en outre, une enceinte d’origine inconnue, fort curieuse et différant, à plusieurs égards, de tous les camps que j’avais observés jusqu’alors.

Le dolmen de Clairfage, « certainement un des mieux caractérisés de la Corrèze » selon Marius Vazeilles, a cependant été détruit dans les années 30 par le propriétaire qui, voulant creuser un puits, n’a rien trouvé de mieux que d’enlever les pierres dolméniques et de creuser à leur emplacement même, comptant faire d’une pierre deux coups : rencontrer l’eau et fouiller pour trouver « quelque chose de valeur ».

À propos de Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin

Parues en 1838, les Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin sont en fait des extraits d’un rapport adressé au ministre de l’Intérieur par Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques.

Localisation

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