Railway fiction Dans les voitures...

Patrick Mialon, « Railway fiction », in Max-Alain Grandjean, Georges Châtain et Patrick Mialon, Limoges-Bénédictins : dérives autour d’une gare, Ch. Le Bouil, 1991, p. 11-12.

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Dans les voitures, l’approche de la délivrance agissait de même sur les esprits. Immanquablement, un bon quart d’heure avant le dénouement final, d’un accord tacite participant d’un rituel immuable d’elles seules connu, plusieurs personnes s’étaient levées avec cette espèce de panique temporaire malaisément contenue — gestes brusques, saccadés pour se saisir du sac, de la mallette, les faire basculer sur le dossier orange du fauteuil, et puis, enfiler sa veste, son manteau, fébrilement consulter une nouvelle fois sa montre, regarder avec suspicion défiler le paysage anxieusement anticipé, et encore, en faisant comme si rien ne pressait, s’engager dans l’allée centrale et... attendre — toutes attitudes révélatrices d’une même crainte, d’une même hantise originelle : celle de rater, de passer à côté, rester en rade, louper le coche. Le blues des transports... Il esquissa un sourire. C’était touchant en définitive ce travers, tellement humain.

[...]

Raclements obstinés, pour meubler l’attente, car, à présent cela faisait plus de cinq minutes que les gens patientaient, debout avec leur bagage, et cela créait une gêne. Il devenait de plus en plus difficile d’afficher un air dégagé. À point nommé, alors qu’on ne l’escomptait plus, le haut parleur intérieur les soulagea : « le train arrivera en gare de Limoges-Bénédictins dans quelques minutes... Limoges-Bénédictins Terminus du train, correspondance pour Lyon-Perrache 18h33 Quai C voie 4, ce train desservira les gares de Saint-Sulpice-Laurière, Guéret, Montluçon, Commentry, Gannat, Saint-Germain-des-Fossés, Roanne... Avant de quitter votre compartiment, assurez-vous de ne rien avoir oublié... »

On allait arriver.

Maintenant, ceux qui étaient assis marquaient une pause, suspendaient leur lecture de l’instant, repliaient leur journal, leur magazine, ou le glissaient dans le filet, bien visible, au dos du fauteuil de l’alignement.

Patrick Mialon, « Railway fiction » (Dans les voitures...)
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L’œuvre et le territoire

Cette scène décrit non sans une pointe d’humour l’attente des passagers du train à l’approche du terminus, la gare de Limoges.

À propos de Railway fiction

Cette courte nouvelle de Patrick Mialon sert d’entrée en matière à une série de montages photographiques de l’artiste peintre creusois Max-Alain Grandjean, centrée sur la gare de Limoges.
Le narrateur y décrit l’arrivée en train d’un voyageur à Limoges.

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