Les aventures d’Augustine Lourdeix Et le ciel s’embrasera Dans ce coin de campagne...

Nicolas Bouchard, Et le ciel s’embrasera, Flammarion « Noir », 2004, p. 178-179.

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Dans ce coin de campagne, après toutes ces années passées dans le doute et l’incertitude, il avait enfin trouvé la paix de l’âme. Cet apaisement qu’il avait si longtemps cherché.

Hélas, il n’avait pas prévu que cette paix, chèrement acquise, cette tranquillité de l’esprit, cette philosophie qui accompagnait souvent la maturité seraient pour lui synonyme d’ennui. Un ennui profond, terrible et insondable. [...] Bussière-Galant s’enorgueillissait de plus de cent commerces et boutiques : hôtels, marchands de vins et de bois, bouchers, épiciers... Quatre châteaux dans les environs - Joffirélie, Arsac, La Chateline et Charbonnier - attestaient la prospérité du bourg. Pourtant l’endroit lui semblait bien vide, car elle n’y viendrait jamais.

La balade dura trois bons quarts d’heure. Devant lui, le journalier pressait le pas mais Soumagnas ne se sentait pas enclin à courir. Après tout, ils seraient bien encore tous là lorsqu’il serait sur les lieux.

Ce n’est qu’en arrivant sur place qu’il comprit la mesure du problème. La ferme de Londoneix occupait une ancienne bâtisse fortifiée dont les origines se perdaient aux temps des guerres entre les rois de France et d’Angleterre. Les bâtiments menaçaient de tomber en ruine faute d’entretien. Il traversa d’un pas plus alerte la forêt de châtaigniers lorsqu’un coup de feu résonna au loin.
— C’est Jules ! s’écria le garçon. Il va tuer quelqu’un.

Cette fois-ci Soumagnas était vraiment inquiet et c’est presque en courant qu’il arriva devant la ferme. Il s’arrêta et jugea aussitôt la situation : Me Gérai, l’huissier de Châlus, s’était dissimulé derrière un arbre et brandissait du papier timbré, tandis que, du haut de la galerie supérieure, le paysan rechargeait son arme fumante.
— Vous ne pourrez pas vous échapper ! hurlait l’officier ministériel. Je reviendrai avec les gendarmes.
— Je m’en fous, répliqua l’autre. Qu’ils viennent, je les tuerai tous : les flics, les propriétaires, les huissiers, les avocats, les patrons, les curés ! Tous !

Soumagnas se demanda un instant ce que les curés avaient à voir avec les problèmes de Jules Londoneix, puis, se rappelant que l’homme se piquait d’être un rouge ultra (« H a participé aux troubles de 1905 », répétait-on à demi-mot à travers le village), il s’avança d’un pas égal dans l’espace qui séparait la ferme des premiers arbres.
— Bonjour Jules, lança-t-il, bonjour à vous aussi, maître. Il fait un temps magnifique ce matin malgré le froid.
Tout de suite l’huissier parut soulagé :
— Ah, vous voilà, inspecteur. C’est un vrai miracle : vous allez pouvoir témoigner que cet individu a tenté de me tuer.
— Je suis en retraite, mon ami. D’autre part, je n’ai rien vu de particulier. M. Londoneix chasse sans doute, encore que je ne sois pas sûr qu’il attrape grand-chose.

Nicolas Bouchard, Et le ciel s’embrasera (Dans ce coin de campagne...)
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L’œuvre et le territoire

L’action décrite dans cette extrait se passe à Bussière-Galant, village où vit l’inspecteur Soumagnas depuis qu’il est à la retraite.

À propos de Et le ciel s’embrasera

Nicolas Bouchard a choisi le vieux Limoges des années 1900 comme toile de fond de sa trilogie policière La Ville noire, Mon ombre s’étend sur vous, Et le ciel s’embrasera, dont les événements terrifiants se passent en plein centre ville.
Avec Et le ciel s’embrasera, Nicolas Bouchard achève sa trilogie limougeaude. Les héros de ces romans, Augustine Lourdeix, institutrice à l’école du Pont Neuf et l’inspecteur Soumagnas du commissariat de la rue de Fitz-James, tentent de résoudre leurs énigmes dans cette ville agitée en ce début du XXe siècle : la rue de la Boucherie est en pleine effervescence, les révoltes ouvrières des usines de porcelaines sont violentes, les lavandières dans le quartier des Ponticauds s’activent sur les bords de Vienne...

Tandis qu’à Limoges Élie Goldenzweig, ingénieur en céramique venu d’Allemagne, entreprend un chantier titanesque pour le compte de l’Organisation juive mondiale, Augustine Lourdeix, l’institutrice, qu’il a épousée, se rend à Paris en compagnie de Rachel, la fille d’Élie qui n’accepte pas le mariage de son père avec une « goye ». Dans la foule d’un grand magasin, Rachel est enlevée. Qui sont les ravisseurs ? Pourquoi son mari lui demande-t-il de ne rien entreprendre et de ne pas prévenir la police ? Augustine, perdue dans une ville qu’elle ne connaît pas, trouvera des alliés inattendus : Elsa, une danseuse de cabaret et son cher inspecteur Soumagnas qui acceptera de sortir de sa retraite de Bussière-Galand pour reprendre du service.

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Localisation

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