La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France D’après les rapports de police...

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot, 1938, p. 52-53.

© Éditions Payot & Rivages

D’après les rapports de police, les troupes russes ne se contentaient pas de se quereller dans le camp de La Courtine.

Elles auraient commis également des méfaits dans la localité et dans les commune voisines.

« Les protestations étaient formulées en grand nombre ; des vols, des commencements d’incendie étaient signalés ; rapines et chapardages étaient pratiqués dans les poulaillers et les maisons isolées.
« Les femmes n’étaient plus en sécurité sur les routes et elles étaient suivies parfois jusque dans leurs habitations. La population vivait dans la peur de ces visites parfois nocturnes, des soldats en bandes.
« Le commandant russe arrêtait ces plaintes en payant des indemnités et en punissant les coupables, mais il était rare de les trouver. »

Nous faisons les plus expresses réserves sur ces renseignements que nous trouvons dans les notes officielles.

Nous avons, en effet, interrogé de nombreuses personnes de La Courtine appartenant à toutes les classes sociales. De porte en porte, nous avons posé la question suivante :
« Avez-vous eu à vous plaindre des Russes loyalistes ou rebelles ? »

Or, partout la réponse fut la même. À aucun moment, nous a-t-on dit, nous n’avons eu connaissance de méfaits commis par eux.

Ces moujiks, pour la plupart, étaient certes, des primitifs et des mystiques, mais tous très doux. Ils adoraient les enfants et leur plus grande joie était de jouer avec eux. Ils furent toujours honnêtes et corrects, beaucoup plus que leurs successeurs, les Américains.

Ils donnaient l’impression, non d’une armée, mais d’un campement de bohémiens, avec des oripeaux de toutes couleurs, des chiens et un ours. Ils passaient leur temps à chanter et à jouer de la mandoline ou de la balalaïka.

[...]

Les habitants de La Courtine sont, d’autre part, unanimes à déclarer qu’un commissaire de police a induit en erreur l’autorité française sur les prétendus méfaits des troupes russes, dont il désirait à tout prix le départ.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France (D’après les rapports de police...)
© Éditions Payot & Rivages

L’œuvre et le territoire

Cet extrait du reportage de Pierre Poitevin éreinte quelque peu les rapports de police relatant les mauvais agissements des soldats russes, et sous-entend que les témoignages ont été délibérément exagérés pour faciliter l’expulsion de ces derniers.

À propos de La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France

Le « reportage historique » de Pierre Poitevin sur la mutinerie de La Courtine est dans un premier temps publié en cinq épisodes dans la revue Le Limousin de Paris. En 1934, les articles sont réunis en une brochure, Une bataille au centre de la France en 1917, largement diffusée en Limousin. La recherche est inédite en ce qu’elle s’appuie sur de nombreuses sources — en particulier l’expérience du journaliste local Gabriel Cluzelaud, présent sur le site au moment des faits — et divers témoignages (desquels les Russes sont néanmoins exclus). L’auteur présente son récit comme impartial, objectif et aussi exact que possible, et nuance notamment les exactions attribuées aux Russes.

La parution de ces écrits suscite toutefois une polémique, Pierre Poitevin étant accusé de souscrire à la version officielle de l’armée française en n’évaluant le nombre de morts qu’à une dizaine. Elle s’inscrit dans la tension qui anime les différents commentateurs de l’époque qui ne parviennent pas à s’accorder sur un bilan, en cela aidés par la classification des archives militaires.

Pierre Poitevin transforme son récit en un ouvrage publié en 1938, enrichi de nouvelles sources (dont celles du Musée de la Guerre de Vincennes, qui lui permettent d’intégrer des témoignages de la partie russe). Si plusieurs de ses affirmations sont aujourd’hui discutées, l’ouvrage de Pierre Poitevin constitue probablement la première référence de qualité sur le sujet.

Sans perdre sa vocation historique, avec le temps, le récit de Poitevin a acquis une dimension sensible et éminemment littéraire.

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