Chronome 63, que la lumière soit

Tapisserie de 42 mètres carrés fixée sur un cadre métallique cintré scellé dans le mur du chevet de la cathédrale de Tulle, tissée avec des fils d’or, d’acétate et de laine.

© ADAGP, Paris, 2018.
Roman Opalka, Chronome 63, que la lumière soit
Photo : Jean-Michel Péricat
© DRAC Nouvelle-Aquitaine

L’œuvre et le territoire

Je voulais manifester le temps,
son changement dans la durée,
celui que montre la nature,
mais d’une manière propre à l’homme,
sujet conscient de sa présence
définie par la mort : émotion de la vie dans la durée irréversible.

Ces quelques mots, prononcés par l’artiste Roman Opalka au sujet de son œuvre OPALKA 1965/1 — ∞ (en 1991 dans Rencontre par la séparation), offrent des clés de compréhension pour appréhender l’ensemble de son travail. Ici l’artiste ne se limite pas à capter le temps, il s’y inscrit « corps et âme ». Roman Opalka réussit de manière surprenante à opérer un dialogue entre l’œuvre et le lieu.
La cathédrale Notre-Dame de Tulle, construite au XIIe siècle sur l’emplacement d’un monastère antérieur, se fait encore aujourd’hui majestueuse dans la ville qu’elle surplombe de son clocher de 73 mètres de haut.
Par un subtil tour de force, l’artiste a réussi à harmoniser la monumentalité de son œuvre avec celle de l’architecture, la douceur de l’œuvre venant faire écho au poids de l’histoire contenue dans la pierre.

Placée derrière l’autel, la tapisserie abstraite se compose d’un fond uni en « or » sur lequel se fondent des formes arrondies ou ovales. Il aura fallu deux années et dix lissiers régionaux, venant de la manufacture de Pinton de Felletin et d’ateliers aubussonnais (ateliers France-Odile Perrin-Crinière et atelier Pascal Legoueix) pour mener à bien ce projet. Rappelons par ailleurs que cette commande a été initiée en 1997 dans le cadre du plan de soutien à la tapisserie en région Limousin.

L’œuvre s’inspire d’une toile antérieure, Chronome 63. Par l’emploi du fil d’or, l’artiste a renforcé l’image de la lumière en donnant une dimension divine à la tapisserie. Certains y ont vu une évocation de la parousie ou encore le paradis d’or qui constitue le fond des icônes du moyen âge. Quoi qu’il en soit, le carton semble pouvoir contenir assez de puissance et de retenue pour porter à la fois la prière et s’agencer avec l’immense vitrail de Grüber posé en 1979.

Cette œuvre, dont le nom fait référence à la série des « Chronomes » (peintures monochromes grises entièrement recouvertes de milliers de signes blancs), réalisées dans les années 1962-63, est une des rares de l’artiste a avoir été effectuée en dehors du programme mis en place à partir de 1965 et matérialisé par les différents éléments tels que les détails, les photographies, les enregistrements sonores. La réalisation d’une tapisserie monumentale, si elle trouve toute sa cohérence dans l’œuvre d’Opalka, reste un évènement exceptionnel dans le parcours de cet artiste décédé en 2011.

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