Promenades autour d’un village Châteaubrun

George Sand, Promenades autour d’un village, Bibliothèque électronique du Québec, p. 42-43.

Des anciens chemins périlleux par où l’on arrivait à Châteaubrun, nous ne retrouvâmes plus que l’emplacement. On y descend doucement par le plateau, et la nouvelle route qui côtoie tranquillement le précipice a ôté beaucoup de caractère à cette scène autrefois si sauvage.

La ruine est toujours grandiose. Le marquis de notre village l’a achetée, avec son vaste enclos, pour deux mille cinq cents francs. Il la tient fermée, et il avait bien voulu nous en confier les clefs.

Nous vîmes que ce noble lieu était moins fréquenté qu’autrefois. L’herbe haute et fleurie du préau était vierge de pas humains. Toutes choses, d’ailleurs, exactement dans le même état qu’il y a douze ans : la grande voûte d’entrée avec sa double herse, la vaste salle des gardes avec sa monumentale cheminée, le donjon formidable de cent vingt pieds de haut d’où l’on domine un des plus beaux sites de France, les geôles obscures, et cet étrange débris de la portion la plus belle et la plus moderne du manoir, le logis renaissance que, dans ma jeunesse, j’ai vu intact et merveilleusement frais et fleuri de sculptures, aujourd’hui troué, informe, démantelé et dressant encore dans les airs des âtres à encadrements fleuronnés d’un beau travail.

Le marquis a acheté, dit-il, cette ruine pour la préserver du vandalisme des bandes noires. Il s’y est pris un peu tard.

Telle qu’elle est, c’est un romantique débris où, au clair de la lune, on voudrait entendre l’admirable symphonie de la Nonne sanglante de Gounod, ou mieux encore la Chasse infernale de Weber.

En plein midi, cette solitude avait encore quelque chose de solennel.

George Sand, Promenades autout d’un village (Châteaubrun)

L’œuvre et le territoire

L’entomologie amène George Sand et ses deux amis, guidés par Moreau, « le factotum actif et intelligent des voyageurs en Creuse » — qui avait assisté l’auteure en 1844 —, aux ruines de Châteaubrun, lieu « grandiose » où prenait place une large partie du Péché de monsieur Antoine, roman-feuilleton écrit en 1845.

À propos de Promenades autour d’un village

Promenades autour d’un village, publié pour la première fois en 1866 chez Michel-Lévy frères, correspond en fait à une anthologie, dont la partie la plus importante correspond au Courrier de village (1857), et pour laquelle George Sand a inséré d’autres textes antérieurs consacrés au Berry et à la Creuse.

Le Courrier de village constitue le récit des déambulations de George Sand dans les environs de Gargilesse qu’elle fait découvrir à deux amis, l’artiste Alexandre Manceau (graveur et auteur) surnommé Amyntas (car à la recherche d’une lycaenide amyntas, un « petit papillon bleu fort commun ») et le naturaliste Louis Marie Alphonse Depuiset qui, s’intéressant lui aux « coques de certaines chrysalides », se fait appeler Chrysalidor.

George Sand, au cours de ce séjour, espère pouvoir s’installer à Gargilesse et y acheter une « maison renaissance » dont elle s’est éprise mais que les « deux vieilles sœurs [qui] l’habitent, deux paysannes très pauvres » refuseront de lui vendre. Cependant, Manceau, son amant, achète la maisonnette où ils sont logés :

J’avais grande envie aussi de cette chaumière, bien qu’elle ne réalise pas mon ambition pittoresque. Vingt autres sont plus jolies ; mais c’est la seule en vente, et j’allais m’en emparer... Mais notre ami réclame la priorité de l’idée. Il nous demande de lui laisser arranger cette chaumière à son gré et de devenir ses hôtes dans nos excursions sur la Creuse. Nous retirons nos prétentions.

Il échange quelques paroles avec madame Rosalie. Le voilà propriétaire d’une maison bâtie à pierres sèches, couverte en tuiles, et ornée d’un perron à sept marches brutes ; d’une cour de quatre mètres carrés ; d’un bout de ruisseau avec droit d’y bâtir sur une arche, plus, d’un talus de rocher ayant pour limite un buis et un cerisier sauvage.

(George Sand, Promenades autour d’un village, Bibliothèque électronique du Québec, p. 110)

Localisation

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