Les Moissons délaissées tome 2 : Les Fruits de la ville Ce qui compte...

Jean-Guy Soumy, Les Fruits de la ville, Pocket, 2004, p. 98.

© Robert Laffont

Ce qui compte, c’est de s’ouvrir sur l’Auvergne et le Limousin. Nous désenclaver. Nous avons déjà la route impériale 140 qui passe à Bourganeuf. Si nous avions pu avoir le fer, cela aurait été formidable. Vous avez vu la nouvelle gare de Guéret, avait questionné François. Je la trouve bien loin de la place Bonyaud. Remarquez, poursuivit Louis, il y a un beau chantier en Creuse : le viaduc de Busseau ! Le tablier sort des ateliers de chez Cail. Deux cent mille rivets. Les piles sont en fonte. Une vraie merveille à ce qu’il paraît. Pourquoi vous ne chercheriez pas de l’embauche sur ce viaduc ? avait demandé Marie. Louis eu un geste vague. Les équipes sont au complet. Une centaine de creusois y travaillent mais surtout le fer et la fonte. Il n’y a guère besoin de maçons que pour les culées et les dés. L’essentiel est un travail de charpentiers.

Jean-Guy Soumy, Les Fruits de la ville (Ce qui compte...)
© Robert Laffont

À propos de Les Fruits de la ville

François, Louis et Marie... François et Louis Ribière, comme beaucoup des hommes de la Creuse natale, partaient, chaque printemps, travailler comme maçons sur les immenses chantiers que le baron Haussmann avaient ouverts à Paris, dans les années 1860. Marie Gerbeau comme sa mère, comme toutes les femmes du village, demeurait aux Couteilles pour y maintenir la vie.
Or il advint que, au printemps 1864, Louis se révolta contra la condition faite à ses compagnons de travail et de misère ; il vécut d’expédients jusqu’au jour ou il fut remarqué par une célèbre demi-mondaine qui lui ouvrit le mondes des affaires. Il advint aussi que Marie, lasse d’attendre le retour de François, prit seule et à grands risques le chemin de Paris. Intelligente et fine, courageuse, elle y trouvera sa voie dans la haute couture. Et François lui-même, revenu au pays, s’accomplira sur les terres agrandies du maigre domaine paternel.
Ainsi la Ville, la grande Ville, aura-t-elle révélé à eux-mêmes les gamins illettrés des Moissons délaissées. Il s’y seront épanouis dans le temps même ou elle se transformait. Mais la Ville est brutale : la défaite de 1870, la chute de l’Empire, la Commune vont bouleverser leurs destins...

(Robert Laffont)

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