Carrière du Maupuy

vers 1910

Cartes postales, 13,5 × 9 cm.
Collection : fonds De Nussac (série 48_Fi), Archives départementales de la Creuse

L’œuvre et le territoire

Le Maupuy est l’un des principaux sommets des monts de Guéret. Ultime avancée de la montagne limousine vers le nord, le petit massif ondulé qui domine la préfecture creusoise s’étend du nord-est au sud-ouest sur une vingtaine de kilomètres environ, borné par la vallée de la Creuse à l’est et dominant le plateau bocager à l’ouest, sans jamais atteindre les 700 mètres d’altitude.

Au XIXe siècle, comme bien souvent sur les hauteurs granitiques du Limousin, le paysage dominant est celui de la lande, entretenue par le pastoralisme, ponctuée de chaos rocheux. C’est l’arrivée du chemin de fer dans les années 1860 qui lance véritablement l’exploitation du granit du Maupuy ; la Compagnie ferroviaire du Paris-Orléans souhaite en effet s’y approvisionner. Il faut attendre 1912 pour que se mette en place la carrière Marceau, la première à adopter un fonctionnement rationalisé et industriel.

Il est possible que les différents clichés d’A. de Nussac aient été pris à ce tournant de l’histoire des carrières du Maupuy. Les photographies rendent compte d’un paysage très ouvert et entaillé, traversé par le chemin de fer à vocation industrielle en plan incliné dit de type « Decauville » qui se connecte au pied du massif à la ligne classique de Limoges à Guéret. D’autres carrières se développent alors sur tous les flancs du Maupuy, avant et surtout après la Grande guerre. Certaines des cartes postales de Nussac comportent la mention de la « Société nouvelle des carrières de granit du Massif central », fondée en 1920 seulement, et pourraient donc être datées de cette époque.

Exploitées par une main d’œuvre d’abord locale, les carrières s’ouvrent avec leur essor aux habitants des régions voisines puis aux étrangers (Espagnols, Tchécoslovaques et beaucoup d’Italiens qui se sont aussi installés dans le secteur de Sardent, plus au sud). Ces ouvriers contribuent ainsi à la construction des trottoirs et des immeubles des villes françaises, ainsi que des barrages hydroélectriques d’Éguzon, puis de Tignes, Donzère ou Génissiat dans le Sud-Est.

Les carrières cessent progressivement leur activité entre les années 1960 et 1990. Aujourd’hui, le paysage est très boisé, quoi qu’encore épargné par l’enrésinement organisé de façon caractéristique sur le plateau de Millevaches. Certaines traces de l’ancienne activité économique subsistent : les trous des carrières sont nettement visibles à proximité de l’émetteur, l’un d’entre eux est ennoyé.