À propos

Née en 1971, Caroline Lejeune s’est lancée dans la peinture à vingt ans ; arrivée à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (dont elle sort diplômée en 1998), elle se pose alors la question du sujet mais aussi et surtout celle du médium.

Je trouvais que la peinture n’allait pas assez vite, j’ai fait de la photo, je trouvais que ma peinture ne bougeait pas assez, alors j’ai voulu faire du cinéma, je trouvais que la peinture n’était pas assez enveloppante, alors j’ai fait des installations. Et puis, la peinture s’est en quelque sorte affranchie du discours qui me rassurait et qui avait pris le contrôle sur elle. L’école m’avait rendue scolaire et fait croire un moment au discours didactique. À nouveau je suis entrée dans la peinture, et les mots sont redevenus plastiques.

(Caroline Lejeune, dans la revue Ligeia, numéro 65-66-67-68.)

Depuis 1997, Caroline Lejeune a pour sujet de prédilection le paysage et plus particulièrement les bois et forêts qu’elle s’attache à peindre en noir et blanc, ou, devrions-nous dire plutôt, en gris, s’appuyant, mais sans s’y limiter, sur des photographies prises au cours de ses promenades. L’utilisation du noir et blanc lui permet de saisir les nuances, la lumière des sous-bois, tout en la libérant de certaines contraintes, ce qui lui permet de rester focalisée sur son sujet, concentrée sur sa toile, qu’elle peint au cours d’une « cérémonie » tant « dansée » que « chantée » (comme on peut le voir dans le film Claire Voie [cf. bonus]). Depuis quelques années cependant, Caroline Lejeune a aussi pris pour sujet des personnes (dormeurs, femmes indiennes...) qu’elle intègre à des décors, ce qui l’a amenée à revenir progressivement à la couleur, plus particulièrement pour les portraits qui « doi[vent] être dans les couleurs de la vie, dans le mouvement de la vie » (cf. Grris).

En 2012, sa peinture prend une toute nouvelle direction, quittant « l’envers du réel, des paysages refuges, atemporels, s’offrant à la contemplation pour trouver le désir, loin du flux entêtant de la vie contemporaine » pour se « confronte[r] au réel, à sa violence et à son obscénité ». Caroline Lejeune lance alors sa série Catastrophes, que celles-ci soient climatiques (Tsunami, Après le tsunami), industrielles (Fukushima) ou personnelles (Delphine).

Depuis 2012, j’ai remis en jeu mon travail. J’ai redistribué les cartes pour ne pas me laisser enfermer dans une marque de fabrique et parce que l’art doit rester le lieu de la liberté. Le jeu de cartes, dans sa distribution, a fait apparaitre une nouvelle donne : je devais témoigner de plusieurs événements récents qui m’ont particulièrement marqués. Je me suis confrontée à quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant : montrer le chaos du monde sans recourir à la métaphore.

[...]

Inscrire dans ce temps long qu’est la peinture ce qui se passe, ce qui va fatalement s’oublier,noyé dans le flux des images. Rendre l’actualité inactuelle, au sens d’intemporelle.

J’ai pris pour modèle des photographies qui me touchent, témoins de mon intimité ou de l’actualité en essayant de les reproduire le plus fidèlement possible. Impression du degré zéro de la peinture : représenter le monde à l’aide de son miroir contemporain qu’est la photographie.

Œuvres liées

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