MP3 - 1.9 Mo
Jean Ségurel, Bruyères corréziennes
Enregistrement de 1946.
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L’œuvre et le territoire

Déposé à la Sacem le 26 juillet 1936, cet hymne à la gloire des landes caractéristiques du paysage de la Montagne limousine a connu un succès immense, stimulé par l’enregistrement de cinq versions différentes jusqu’aux années 1950. L’édition de 1945 est tirée à plus de 600 000 exemplaires, un record pour l’époque.

Philippe Krümm nous raconte que Ségurel et ses deux comparses des Troubadours corréziens, Jean Leymarie — le parolier — et Roger Faure, trouvèrent l’inspiration dans la vue qui se dégageait depuis la villa de l’accordéoniste à Chaumeil, et qui plaît tant à la bergère évoquée dans la chanson.

Plus que les rues de Paris, elle aime ses bruyères
Car c’est là qu’elle a grandi au pied des coteaux jolis,
Quand la bruyère est fleurie au flanc des Monédières
Qu’ils sont loin les soucis, qu’ont les gens de Paris.

Autant que son compositeur et interprète fut considéré comme ambassadeur d’une Corrèze bucolique, l’air des Bruyères corréziennes est aujourd’hui devenu culte, évocateur nostalgique d’une société disparue et d’un paysage révolu, qui s’est refermé progressivement avec le déclin de l’élevage et l’essor de la sylviculture.

Quand mon père a écrit cette chanson avec son ami Leymarie, cela représentait les Monédières. Aujourd’hui, on ne voit plus la bruyère, seulement des sapins. Quand j’écoute cette chanson il y a un côté nostalgique, c’est toute mon enfance.

La popularité du titre doit peut-être aussi à sa reprise par Lina Margy, célèbre interprète de Ah ! le petit vin blanc !, elle aussi corrézienne, ainsi qu’au scopitone qui en est tiré en 1966, conçu par un Claude Lelouch encore méconnu, qui met en scène Ségurel au milieu des bruyères et des moutons, accompagné d’une délicate bergère et d’un joyeux orchestre.

Les premières notes de la chanson ont longtemps servi d’indicatif introduisant les annonces qui retentissaient dans le hall de la gare de Limoges, avant que le carillon de la SNCF ne s’impose dans toutes les gares de France.

Aujourd’hui encore, Bruyères corréziennes demeure source d’inspiration pour les musiciens contemporains. L’accordéoniste corrézien Sébastien Farge, vainqueur du Trophée mondial de l’accordéon et ancien directeur artistique du festival des Nuits de nacre à Tulle, en a effectué une reprise jazz en 2014, produite par le label régional Laborie.

« Je me sens profondément corrézien, j’aime les rencontres, le partage et Ségurel a bercé mon enfance, il est resté dans l’inconscient collectif. Je me souviens des sept premières notes de Bruyères corréziennes diffusées en gare de Limoges en 1987 lorsque j’étais chez les petits prodiges. »

« Farge revisite Ségurel », Info magazine, 10 novembre 2014.

Enfin, la composition spécialement réalisée en 2009 par Alain Voirpy, directeur du Conservatoire de Limoges, à l’occasion du Concert des Cités unies qui associait des musiciens des villes jumelées à Limoges, permet aussi un clin d’œil au célèbre air de Ségurel.

Bonus

  • Roland Manoury, scopitone de Bruyères corréziennes, 1966
    par Institut national de l’audiovisuel
    https://www.youtube.com/watch?v=B6f14zvnrJY
    Clip de 1966, disponible sur le site de l’INA, mis à disposition par France 3 Limousin. Diffusé dans l’émission La chance aux chansons dans les années 1990.
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