Suzanne et le Pacifique Bellac

vers 1928

Dessin à la mine de plomb, 30,5 × 40,8 cm.
Collection privée.

© ADAGP, Paris, 2018.
Jean-Gabriel Daragnès, Bellac
Photo : Musées de Sens - E. Berry
© Droits réservés

L’œuvre et le territoire

Jean-Gabriel Daragnès réalise ce dessin de Bellac au cours de ses repérages dans la région natale de Jean Giraudoux en vue de l’édition que le Cercle lyonnais du livre lui a commandée. Ce dessin va d’ailleurs servir pour le cul-de-lampe de la page 72 de cette édition.

Bien que l’artiste « adresse » cette représentation à l’auteur à travers l’envoi qu’il intègre en bas à droite de sa feuille, « à mon ami Giraudoux, ce souvenir de Bellac. », il semble que Daragnès et Giraudoux ne se connaissent pas personnellement à cette époque, alors que le premier a commencé à illustrer les textes du second à partir d’août 1923 (pour les éditions Émile-Paul Frères).

À propos de Suzanne et le Pacifique

Suzanne et le Pacifique, roman de Jean Giraudoux publié en 1921, s’inspire du roman de Defoe, Robinson Crusoé, et narre à son tour l’histoire d’un naufrage. Jean Giraudoux choisit une femme pour personnage principal et pour narratrice : Suzanne, jeune femme de Bellac, qui rêve de voyages.

J’avais gagné le voyage autour du monde offert par le Sydney Daily à la première de son concours de la meilleure maxime sur l’ennui. « Si un homme s’ennuie, avais-je écrit à Sydney, excitez-le ; si une femme s’ennuie, retenez-là ! » En échange d’un conseil aussi utile pour elle l’Australie m’appelait, et malgré mon tuteur je partis.

Son bateau fait naufrage dans le Pacifique et Suzanne, seule survivante, échoue sur une île. Dès lors, seule face à la faune et la flore de ce lieu, elle ressent le besoin d’écrire des lettres dans lesquelles elle livre son histoire ainsi que des réflexion sur l’écriture, la solitude...

En 1928, le Cercle lyonnais du livre proposait une édition du texte de Jean Giraudoux accompagnée de gravures en couleurs sur cuivre de Jean-Gabriel Daragnès. L’auteur de Suzanne et le Pacifique en signe la préface et, s’adressant au graveur, évoque Bellac, son enfance, dit le Limousin peu accueillant, renvoyant au voyage de La Fontaine de Paris à Limoges...

J’ai appris avec regret que vous étiez passé, sans me voir, à Bellac, au moment où moi-même j’y prenais mes vacances, car j’habite depuis mon mariage une autre ville. Vous, que je ne connais pas, vous figurez désormais dans ma mémoire joint à mes promenades, à mon église, c’est-à-dire à mon enfance. Cela ne peut encore vous vieillir. On m’a dit que la pluie, malheureusement, vous avait poursuivi, et qu’aucun voyageur depuis La Fontaine, n’avait autant pesté que vous contre le Limousin. Ma province se trompe parfois, en effet, et au lieu d’offrir au visiteur ses torrents et ses sources, elle croit être généreuse en le comblant d’une eau plus pure encore, de ses averses. La vie m’a révélé que nous mécontentons souvent beaucoup plus nos amis en leur offrant nos richesses à l’état idéal qu’en les donnant banales et usagées. Je crois aussi que sous cette eau tout le Limousin n’était qu’une grande aquarelle, et que vous préférez l’huile.

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