Les Cinq Voies de Vassivière Automne, la voie de l’Ouest

15-16 octobre 2002

La Voie de l’Ouest, une marche depuis l’une des sources de la Creuse jusqu’à la dissolution du ruisseau de la Gane dans le lac de Vassivière.

© Thierry Girard
Thierry Girard, Les Cinq Voies de Vassivière (Automne, la voie de l’Ouest)
© Thierry Girard

L’œuvre et le territoire

Aujourd’hui, je ne suivrais pas la pente de cette eau vive qui s’échappe vers les plis et replis du paysages, mon regard se porte vers l’horizon, vers les doux bombements du plateau de Millevaches dont j’entends fouler l’arrondi.

[...] je sais seulement que mes chemins ont déjà croisé le Taurion et la Maulde, qu’ils saluent aujourd’hui la Creuse, et la Vienne le printemps prochain, la Corrèze ou la Vézère une autre fois. Je passe d’une rivière à l’autre et je suis moi-même devenu ruisseau avec cette bruine légère et tiède qui coule sur mon visage.

(Thierry Girard)

À propos de Les Cinq Voies de Vassivière

Suite à la sollicitation de Guy Tortosa, alors directeur du Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière, et dans le cadre d’une commande publique du Centre national des arts plastiques, Thierry Girard réalise en 2002 et 2003 ces Cinq Voies de Vassivière.

Au fil des saisons, Thierry Girard découvre Vassivière, ses environs, le plateau de Millevaches, au gré de cinq parcours, ajoutant aux quatre points cardinaux le « milieu », faisant référence au tao et à ses cinq éléments, « le bois, le feu, le métal, l’eau, et la terre comme cinquième élément, au centre des quatre autres » ; cette voie du Milieu, faite à l’équinoxe, aura pour centre le lac de Vassivière :

Au centre de la carte que j’ai dépliée, l’encre bleu pâle du lac de Vassivière n’est qu’un leurre, une apparence trompeuse, fausse innocence de calme aquatique sous lequel gire l’œil du tourbillon. J’aime l’agitation de l’océan, l’emportement d’une rivière, la puissance d’un fleuve ; je crains les eaux figées et opaques des lacs immobiles.

En 2005, pour l’édition de ces Cinq Voies de Vassivière, Thierry Girard écrit, pour accompagner la voie estivale, son premier trajet :

L’avant-veille du départ, ouvert au hasard le Tao-tö king, chapitre LXVII, puis réparti entre la main gauche et la main droite les tiges d’achillée pour faire parler le Yi king , hexagramme 39, Kien, l’obstacle. Le premier texte me dit qu’il ne sert à rien de voyager et de parcourir le monde ; le second, que le chemin est semé d’épreuves qu’il me faut surmonter. Une lecture hâtive m’engagerait à abandonner sur le champ mon bâton de marcheur encore vierge de l’ocre des chemins et du sang des herbes, mais les paradoxes féconds de la pensée chinoise m’incitent au contraire à aller de l’avant : l’obstacle, qui ne dure qu’un temps, n’est pas sans valeur pour le développement de la personnalité. C’est en cela que réside la valeur de l’adversité. Et il y a sans doute aussi dans le déplacement lent du marcheur quelque chose du non-agir, une sorte de voyage immobile au fond de soi où l’on ne sait si c’est le corps qui se déplace ou le monde qui passe, au rythme des heures.

[...]

Ces chemins sur la Terre et ces voies métaphoriques me ramènent au cœur de cette aventure : traverser à pied, selon cinq itinéraires, des paysages de l’écart, au centre de la France, en essayant de concilier l’inconnu et l’imprévisible de ce qui advient avec la conception symbolique du monde élaborée dans la Chine ancienne à partir du Tao.
Le Tao, qui est à la fois la source, la voie et le but selon un principe universel de changement permanent et de transformations successives, est associé à la dualité cosmique du yin et du yang, l’un symbolisant la féminité, le nord, le froid, l’ombre, la terre tandis que l’autre symbolise la virilité, le ciel, le sud etc… C’est du yin et du yang que procèdent les cinq éléments : le bois, le feu, le métal, l’eau, et la terre comme cinquième élément, au centre des quatre autres. Cette polarité en état de perpétuel mouvement, le yang gardant toujours du yin en lui et réciproquement, génère les dix mille choses de la tradition taoïste liées entre elles par des correspondances et des associations symboliques : les cinq points cardinaux (le cinquième étant le centre), les saisons, les couleurs, les sentiments, les saveurs, les organes du corps etc…

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