La Folie des solitudes Au bout de trois semaines...

Geneviève Parot, La Folie des solitudes, Gallimard, 2009, p. 129-130.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Au bout de trois semaines, elle n’a pas trouvé le village cherché, mais elle a découvert toute la gamme des monuments aux morts : poilu montant à l’attaque, poilu blessé, poilu avec blessé, poilu avec femme, poilu avec enfant seul. Elle retrouve à des centaines de kilomètres de distance des modèles semblables. Elle comprend qu’il y avait des fabriques spécialisées. (...)

Elle a laissé ce qui l’entourait entrer en elle, l’imprégner, l’impressionner ; quelque chose de physicochimique, où il y avait à la fois l’odeur de l’air, l’énergie du vent, l’agitation des branches du marronnier, l’intermittence de la lumière, le gris des nuages, un reflet brutal sur l’ardoise, la pendule arrêtée dans son cadran, les flaques laissées par la dernière averse, le goudron noir, le froid de la pierre sous ses fesses, les affiches délavées sur le panneau électoral, et cet homme de métal peint qui brandissait son fusil dans un geste martial, la tête tournée vers une troupe invisible qui le suivait - celle des morts dont le nom figure sur la stèle en dessous de lui ? (...)

Geneviève Parot, La Folie des solitudes (Au bout de trois semaines...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

À propos de La Folie des solitudes

Il a fait ce que font les hommes. Il est né, il a vécu, il a couru dans les chemins, criant après le vent, après ses bêtes, après le sort, remâchant son enfance, buvant des vins mauvais, braconnant dans la nuit, menant des filles au bal qui avaient peur de lui, bramant, riant, pleurant, et se taisant soudain, effrayé de ses propres pensées. Il a été de ce monde-là. De cela seul je suis sûre.

(Geneviève Parot, Gallimard)

La Folie des solitudes est le deuxième roman de Geneviève Parot. Pour la trame de ce récit, elle s’inspire librement d’un fait divers de parricide survenu dans l’Est de la Creuse dans les années 1920.

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