Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze Au bord de l’étang de Ruffaud

Dessin aquarellé sur papier, 32 × 20,5 cm.

Gaston Vuillier, Au bord de l’étang de Ruffaud
Photo : Jean-François Amelot, Seilhac.
© Ville de Tulle – Musée du Cloître

L’œuvre et le territoire

Gaston Vuillier nous laisse ici un rare autoportrait, situé au bord de l’étang de Ruffaud dont il nous parle dans « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », évoquant le poète Alexis de Valon et son tragique destin.

Puis un joli chemin sous bois, bordé de mousses, côtoyant un chaos de rochers nommé le « Sautaillot », où le torrent grondeur se fraye avec peine un passage, nous amène à l’étang de Ruffaud.

Près de la rive émerge une petite croix de pierre. Les harmonies du vent dans les pins, l’éternel frisson des eaux bercent ici le souvenir du poète Alexis de Valon qu’une tragique mort surprit en ce lieu.

Le poète avait rapporté d’un voyage en Sicile la légende des âmes réfugiées dans les étoiles.
Une sorcière aurait annoncé sa fin tragique. Voici ce que m’écrivait à ce sujet un de ses parents :
« Vous a-t-on parlé de la vieille qui vivait sous le chaume à Gimel, dans le voisinage du torrent... il y a des années ? Interrogez les anciens, là-bas, ils vous conteront des choses véritablement surprenantes.
« Pauvre Alexis !... doux poète d’étoiles, enfui vers elles pour toujours ! jamais nous ne nous étions quittés... Eh bien ! il avait quatre ans et tomba dans l’étang de Ruffaud ! On le retira. La sorcière, en apprenant l’évènement s’écria : “Pourquoi l’a-t-on retiré ? Mieux valait l’y laisser...il y retombera et...y restera...” »

Et la lettre amie m’apprenant cette sinistre prédiction, hélas ! réalisée, me revenait à la mémoire en suivant sous le soleil le sentier fleuri. Aux heures nocturnes les vers du poète n’ont jamais murmuré à mes oreilles sur les bords de l’étang, mais, maintes fois, cheminant par la lande, la brise m’apporta, avec le son des cloches du village et les senteurs des bois, comme les accords d’une musique lointaine, si vagues, si effacés que je les percevais à peine. Par moments même je n’entendais plus que les battements de mon cœur. Et pourtant je n’étais pas le jouet de mon hallucination, je l’entendais bien, de temps à autre, cette musique, mais la phrase en était si subtile qu’elle semblait éclore en ma pensée. Ainsi, à certains instants, je pense, doivent voltiger des notes inspirées dans l’âme du musicien.

On entend, dit-on, parfois aux heures nocturnes, les voix mystérieuses de la nuit murmurer ces vers qu’il composait autrefois :

...Pourquoi dans la nuit sereine
Les étoiles du firmament ?
.....................................
C’est qu’elles marquent le passage
De ceux que nous avons perdus
C’est que chaque étoile est l’image
D’un pauvre cœur qui ne bat plus !...

Déjà plusieurs fois le vol des nuages, le fil de l’eau, les rayons du soir, les fleurs sauvages m’avaient paru exhaler de mystérieuses harmonies.

À propos de Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze

Il faut attendre 1899 pour que Gaston Vuillier propose un nouveau reportage au Tour du monde consacré au Limousin, et plus particulièrement à la Corrèze qu’il a découverte en 1893 à l’occasion de « En Limousin (paysages et récits) ». Ayant été marqué par Gimel et ses cascades, il s’y installe en partie et commence à acheter des terrains mitoyens aux chutes à partir de 1898.

Avec « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », Gaston Vuillier propose une véritable enquête consacrée aux « médecines », rites et croyances locales, rendant compte par l’écrit et l’illustration (presque exclusivement des aquarelles) de ses rencontres et discussions avec différents metzes ainsi que des procédés que ceux-ci mettent en œuvre aussi bien pour guérir que pour envoûter.
Les dessins et le récit sont indissociables : le récit donne le contexte des scènes représentées, cite les lieux, les personnages, les circonstances des rencontres. Les dessins sont des compositions travaillées où les effets de clair-obscur sont mis au service de l’effet saisissant voulu.

Il convient de noter l’importance qu’accordait le fondateur de la revue Le Tour du monde, Édouard Charton, aux gravures accompagnant les reportages qu’il publiait :

Il paraîtra naturel que nos efforts tendent à donner aux gravures du Tour du monde une importance égale à celle du texte même. Si dans les œuvres poétiques ou romanesques les gravures ne sont qu’un ornement, dans les relations de voyages elles sont une nécessité. Beaucoup de choses, soit inanimées soit animées, échappent à toute description : les plus rares habiletés du style ne parviennent à en communiquer à l’esprit des lecteurs qu’un sentiment vague et fugitif. Mais que le voyageur laisse la plume, saisisse le crayon, et aussitôt, en quelques traits, il fait apparaître aux yeux la réalité elle-même qui ne s’effacera plus du souvenir.

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