Vies minuscules À Mourioux en effet...

Pierre Michon, Vies minuscules, Gallimard « Folio », 2008, p. 233.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

À Mourioux en effet, comme peut-être plus généralement chez les modestes que ces pages complaisantes trahissent, on répugne à dire mort, défunt, disparu ; feu Untel même est rare ; non, tous les morts sont « pauvres », grelottant on ne sait où de froid, de faim indécise et de grande solitude, « les morts, les pauvres morts », plus fauchés que des clochards et plus perplexes que des idiots, tout déconcertés, empêtrés sans un mot dans une tracasserie de mauvais rêve, et qui ont l’air si terribles sur de vieilles images quand ils sont si doux, bénins et égarés dans le noir comme des petits poucets, à jamais les derniers des derniers, les plus petits des petites gens.

Pierre Michon, Vies minuscules (À Mourioux en effet...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

L’œuvre et le territoire

Dans cette « Vie de la petite morte » de Pierre Michon, le narrateur, encore un jeune enfant, découvre que d’autres enfants peuvent mourir, découvre également Arthur Rimbaud. Mais la langue se teinte d’une certaine pudeur pour désigner les êtres disparus, nous ramenant alors au langage, à ses tournures et à son respect, que Richard Millet s’emploie tant à évoquer.

À propos de Vies minuscules

Pierre Michon fait irruption dans le paysage littéraire en 1984, avec la publication chez Gallimard de son premier ouvrage, Vies minuscules, ensemble de huit portraits, se répondant l’un l’autre, évoquant le départ d’une terre rude, la disparition, la mort, dépeignant, en les magnifiant, des personnages « simples » connus et transfigurés par l’auteur.

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