La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France À ce dernier point de vue...

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot, 1938, p. 192-193.

© Éditions Payot & Rivages

À ce dernier point de vue notamment (la qualité des eaux), des analyses répétées et minutieusement faites donnèrent entière satisfaction. Légères, vierges de toute pollution possible, d’une pureté merveilleuse, limpides comme du diamant, les eaux de la région en général, et en particulier celles émergeant des sources de la Dègue, qui devaient être captées pour l’usage du camp, furent jugées, à bon droit, sans rivales.

[...]

Une autre considération pesa d’un grand poids sur la décision prise par le ministre compétent, ce fut la disposition topographique de ce territoire admirablement approprié à sa destination, c’est-à-dire à l’instruction des officiers et de leurs troupes, et qui paraît sculpté exprès, pourrait-on dire, pour permettre à une armée de se perfectionner dans l’art de la guerre.

Le sol, en effet, y présente des reliefs infiniment variés : de vastes plateaux, des ondulations successives, des ravins profonds, à parois plus ou moins inclinées et se rapprochant parfois de la verticale, des vallées larges et nombreuses, des puys à pentes abruptes et rocheuses, des régions boisées et broussailleuses, des différences de niveau où peuvent se dissimuler d’importants effectifs ; un ensemble, en un mot, permettant d’effectuer ou d’expérimenter tous les genres de manœuvres et de pratiquer toutes les tactiques, d’imaginer toutes les ruses de guerre, tous les modes d’attaque ou de défense et de se rapprocher, par suite, aussi près que possible, des réalités de la guerre.

Enfin, ce territoire, en raison même de ses aspects et de sa structure topographique, devait être un merveilleux champ de tir pour nos armes à feu de toutes sortes.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France (À ce point de vue...)
© Éditions Payot & Rivages

L’œuvre et le territoire

Pierre Poitevin explique comment on a pu justifier le choix de La Courtine pour installer un camp militaire d’une telle ampleur.

À propos de La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France

Le « reportage historique » de Pierre Poitevin sur la mutinerie de La Courtine est dans un premier temps publié en cinq épisodes dans la revue Le Limousin de Paris. En 1934, les articles sont réunis en une brochure, Une bataille au centre de la France en 1917, largement diffusée en Limousin. La recherche est inédite en ce qu’elle s’appuie sur de nombreuses sources — en particulier l’expérience du journaliste local Gabriel Cluzelaud, présent sur le site au moment des faits — et divers témoignages (desquels les Russes sont néanmoins exclus). L’auteur présente son récit comme impartial, objectif et aussi exact que possible, et nuance notamment les exactions attribuées aux Russes.

La parution de ces écrits suscite toutefois une polémique, Pierre Poitevin étant accusé de souscrire à la version officielle de l’armée française en n’évaluant le nombre de morts qu’à une dizaine. Elle s’inscrit dans la tension qui anime les différents commentateurs de l’époque qui ne parviennent pas à s’accorder sur un bilan, en cela aidés par la classification des archives militaires.

Pierre Poitevin transforme son récit en un ouvrage publié en 1938, enrichi de nouvelles sources (dont celles du Musée de la Guerre de Vincennes, qui lui permettent d’intégrer des témoignages de la partie russe). Si plusieurs de ses affirmations sont aujourd’hui discutées, l’ouvrage de Pierre Poitevin constitue probablement la première référence de qualité sur le sujet.

Sans perdre sa vocation historique, avec le temps, le récit de Poitevin a acquis une dimension sensible et éminemment littéraire.

Localisation

Également dans La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France