Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman À Bourganeuf...

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman, Albin Michel, 1993, p. 211-212.

© Albin Michel

A Bourganeuf, les maçons et les tailleurs de pierre ont bâti sa prison : un gros cylindre de six étages, une tour comme un arbre de plus dans la forêt qui l’entoure, pour l’y tenir fermé à l’abri de toute vicissitude. Le premier étage est souterrain, c’est un cellier. Le deuxième est la cuisine, une trappe ouvre sur un puits au milieu de la cave. Le troisième loge une partie des serviteurs. Zizim occupe le quatrième, ses proches le cinquième. Les frères chevaliers qui le gardent sont au sixième. En haut, sous le toit, vivent les artisans attachés à son service. Son royaume est vertical, son ennui quotidien. Il lui reste deux tapis où il attend, jambes croisées, de voir passer dans l’embrasure d’une fenêtre le vol favorable d’un oiseau. Le monde est un éboulis au pied de la tour, un bruit lointain qui se concrétise parfois dans le récit d’un gardien désœuvré. C’est ainsi qu’il apprend qu’au mois de mars de cette année René, duc de Lorraine, a tenté de l’enlever. Trente hommes de Nancy partirent à Bourganeuf pour le saisir au gîte. L’aventure tourna court près d’Avallon, le second samedi de carême, où les gens du roi les arrêtèrent. Bassompierre et Germiny qui menaient la troupe furent emprisonnés au château d’Angers. Ils disaient ignorer les raisons de l’entreprise.

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman (À Bourganeuf...)
© Albin Michel

L’œuvre et le territoire

Zizim est conduit à Bourganeuf par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem une première fois en 1484 mais ce séjour est de courte durée. Il revient une deuxième et dernière fois à Bourganeuf en 1486, retenu dans une tour spécialement construite pour sa détention.

À propos de Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman

Jean-Marie Chevrier nous amène sur les traces de Zizim (Djem), prince ottoman du XVe siècle, qui trouve « refuge » en Occident.

À la mort de son père Mehmet II en 1481, Zizim, alors âgé de 22 ans, peut, tout comme son frère Bajazet, prétendre au trône de l’Empire ottoman. Ce dernier s’en étant emparé, Zizim tente par deux fois de le détrôner mais est défait et doit demander l’asile aux chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem installés à Rhodes, dont le grand-maître n’est autre que le grand prieur d’Auvergne, Pierre d’Aubusson, né au château du Monteil-au-Vicomte en Creuse.
Son exil — ou sans doute devrions-nous plutôt parler de captivité —, l’amène ensuite de Rhodes jusqu’en France, tout d’abord en Savoie et en Dauphiné puis finalement en Limousin, qu’il quitte en 1488 pour l’Italie où il meurt en 1495.

Son séjour limousin dure quatre ans, entre 1484 et 1488, et Jean-Marie Chevrier montre à quel point celui-ci a été difficile pour le prince ottoman, notamment du fait du climat et d’un triste paysage fait de « bocages humides où pataugent les saules et les joncs. On lui avait dit la France douce, il la trouve froide. ».

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