Lu Bouéradour din lu toupi Et l’Amélie guérit

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Et l’Amélie guérit

Le petit Michel de chez « Coudène » vint chercher le curé de Bienconfessé et lui dit :
— Ma pauvre grand-mère va mourir. Mes parents vous font dire, monsieur le curé, qu’elle veut recevoir les derniers sacrements avant de partir.
Il était bien tard, mais le curé était brave homme, comme il y en avait en ce temps-là, et il ne se fit pas prier. Aussitôt le petit Michel parti, il prit sa soutane, son bréviaire et l’hostie pour les derniers sacrements et le voici partant chercher son sacristain qui vivait à La Lande. Le grand Pierre qui faisait le sacristain depuis aussi loin que je me souvienne, n’était pas un couillon, le fils de garce. Il s’entendait bien avec le curé. Ils aimaient tous les deux jouer aux cartes et ainsi tout allait bien.
Quand le curé frappa à la porte, le grand Pierre faisait la manille avec des voisins.
— Dis donc, mon Pierre, il faut venir avec moi porter le Bon Dieu à la mère « Coudène », qui se meurt, fit le curé.
— Eh bien, dit le sacristain, s’il faut y aller, allons-y, mais je croyais pas que l’Amélie soit si mal.
Les voici partis.
Le grand Pierre portait la lanterne et le curé portait le Bon Dieu. Pour aller plus vite, ils traversèrent un champ de raves et vas-y que je te piétine dans les raves. Le sacristain qui marchait devant s’empêtra les pieds et tomba. Le curé qui le suivait de près tomba sur lui et se mit à crier :
— Feu de Dieu, sacristain, j’ai perdu le Bon Dieu. Comment faire ?
Le sacristain chercha son couteau, coupa un morceau de rave et dit :
— Il n’est pas perdu le Bon Dieu, je l’ai trouvé. Le voici !
— Ah ! tant mieux ! fit le curé. Ça me tracassait. Si nous avions dû revenir en chercher un autre, nous ne nous serions pas couchés. Portons-le vite de peur de le reperdre.
Lorsqu’ils arrivèrent, toute la famille était rassemblée autour de la pauvre mère Amélie.
Le curé lui donna vite l’hostie.
Elle se mit à mâchonner et à grimacer.
— Ah ! Mon Dieu, fit-elle, tu as bien goût de rave !
Ils se mirent tous à pleurer en disant : La pauvre, elle délire, elle est bien perdue !
Le sacristain dit : Si elle délire ainsi, c’est mauvais signe.
Eh bien, croyez-moi si vous voulez, mais la mère Amélie guérit et elle n’est peut-être pas encore morte.

Panazô, Lu boueradour din lu toupi (Et l’Amélie guérit)
Traduction
© Institut d’études occitanes du Limousin

L’œuvre et le territoire

Cet extrait raconte la mystérieuse guérison de l’Amélie, après avoir reçu du curé et du sacristain — venus pour lui donner les derniers sacrements — une étonnante hostie.

À propos de Lu Bouéradour din lu toupi

Lu Bouéradour din lu toupi est une revue trimestrielle de textes de Panazô. Elle se compose de trois fascicules : le premier et second écrit respectivement en mai et décembre 1956 et le troisième en mars 1957.

Le bouéradour est un outil typiquement limousin qui sert à blanchir les châtaignes.

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