Palissade 36, rue de Sauviat

Franck Villemaud, Palissade, Taurnada Éditions, 2014, p. 12-13 et p. 15.

© Taurnada Éditions

Je me suis posé sur ma terrasse, histoire de retarder le plus possible le moment d’investir ma nouvelle maison qui m’écœurait déjà.

J’ai allumé une cigarette, me suis servi une première bière, puis me suis tranquillement effondré en larmes, tout en me disant entre deux sanglots morveux qu’il faudrait que je repeigne bientôt les murs blancs du rez-de-chaussée qui me rappelaient trop l’hôpital, voire que je repeigne ceux couleur chocolat de la mezzanine, histoire au moins de perdre du temps à quelque chose de parfaitement inutile qui me donnerait malgré tout l’illusion sur l’instant de faire quelque chose d’utile.

En rouge vif, tiens, pourquoi pas ?

En rouge vif ce serait peut-être chouette.

Ou pas.

Mais demain en tout cas, là pas le temps, là je fume et bois et pleure.

Là je suis seul depuis environ quatre minutes trente dans une minuscule cour gravillonnée, à une enjambée au-delà de mes forces de trente-cinq mètres carrés désormais meublés, et je crève de peur.

Mais ce sera ça, alors.

Et ça ne sera pas si mal, finalement.

Peut-être ici, finalement, dans quelque temps, je vais enfin pouvoir recouvrer un peu de calme.

Franck Villemaud, Palissade
© Taurnada Éditions

L’œuvre et le territoire

Tout récemment installé dans son petit appartement du 36, rue de Sauviat à Limoges, Fred cherche à fuir l’écœurement que lui procure ce rappel de l’hôpital psychiatrique, à fuir sa solitude en planifiant d’inutiles travaux.
Solitude qu’il entretient d’ailleurs savamment, réduisant le plus possible les interactions et les efforts, si ce n’est avec des compagnes d’un après-midi, approchées sur Facebook.

À propos de Palissade

Fred est mort il y a six mois à peu près, une nuit de fin d’été 2014.
Il allait avoir bientôt quarante ans.

[...]

Ah oui ! parce qu’au fait : Fred c’est moi, enfin c’était.
Et pour parvenir à ma fin, j’aurai malgré tout eu besoin d’un peu d’aide, une forme d’assistance technique, on va dire.

En la personne tordue de Roland.

Roland, 52 ans, ancien légionnaire.

Roland, l’ami de ma vie.

Ainsi s’ouvre Palissade, avec ce chapitre 0, qui situe les personnages de ce thriller en huis-clos, se déroulant au 36, rue de Sauviat à Limoges.

Suite à une séparation douloureuse et à un passage en hôpital psychiatrique, Fred s’installe au 36, rue de Sauviat, dans un petit appartement vite meublé, à la terrasse vite équipée elle aussi d’une table et de deux chaises de jardin. Très rapidement, Fred rencontre son voisin, Roland, ancien légionnaire de 52 ans. Fred se reconstruit à travers les soirées passées avec Roland aux sons du rock, à l’issue desquelles la terrasse est jonchée de cadavres de bouteilles et de mégots, ses conquêtes d’une journée, sans guère sortir de chez lui, si ce n’est pour faire quelques courses ou se réapprovisionner en cigarettes.

Le roman, construit en courts chapitres, sous forme de compte à rebours, revient sur les événements conduisant à cette triste fin ; mais de suspicions en certitudes, de rebondissements en révélations, Palissade étonne son lecteur.

Palissade a fait l’objet d’une adaptation théâtrale, du 22 au 25 avril 2015 à l’espace Noriac à Limoges.

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